Avant d’être un lieu de spéculation, la bourse permet de faire rencontrer des entreprises, des états, des collectivités, en recherche de fonds propres ou de crédits et des épargnants.

apero philippe mahou

On peut en effet parler de lieu puisque c’est dès le 14ème siècle, dans la ville de Bruges, que se rencontraient devant la maison de la famille Ter Burshe (l’origine du terme bourse) des banquiers, courtiers, etc … Au 15ème siècle, la première bourse française vit le jour à Lyon, puis en 1845, à Paris, au Palais Brongniart. Les cotations assistées en continu depuis 20 ans, sans lieu de rencontre, expliquent en partie peut-être l’absence de repaires des intermédiaires.

La bourse, c’est un peu comme le cholestérol, on peut en faire une bonne ou une mauvaise utilisation ; une trop mauvaise peut conduire à l’arrêt cardiaque …

Les crises financières, puis économiques, ne sont pas nouvelles : 1637, les bulbes de tulipes, 1720 la compagnie des indes, 1797 les assignats, 1847 les chemins de fer, début 20ème siècle les emprunts russes et les pétroles roumains, 1929 et 1987 bourse et immobilier. On peut en partie expliquer ces phénomènes par les cycles naturels : on évite de commettre les erreurs de ses parents, mais on renouvelle celles de ses grands-parents. En revanche, depuis 20 ans, ces crises n’ont plus lieu tous les 50 ans, mais pratiquement tous les 5 ans.

Ces différentes crises ont un point commun : elles démarrent par une période de crédit et d’argent facile qui attire les investisseurs et les intermédiaires financiers créent de nouveaux produits de plus en plus spéculatifs. On est tous responsable ; on a tous bénéficié de cet argent facile via les revenus du capital mais aussi les revenus sociaux ou du travail.

Pourtant, une bonne utilisation des mécanismes financiers peut faciliter le développement des entreprises et de l’économie en général . Par exemple, Monsieur MONORY, en 1978 a su canaliser l’épargne des ménages vers les entreprises familiales (apparues pendant les « 30 glorieuses ») en manque de fonds propres. A partir de 1983, la création du second marché, nouveau marché, marché libre, a permis de faire rencontrer entrepreneurs et épargnants. Malheureusement, des excès furent commis dans cet appel public à l’épargne (les entreprises ayant le choix entre la bourse et le dépôt de bilan se tournaient naturellement vers la première solution).

En 1986, on assiste à une profonde réforme de la profession et des marchés en général pour se moderniser et faire face à la concurrence internationale sur les marchés de capitaux. Apparaissent alors les produits dérives calqués sur les bourses de marchandises.

Ci-dessous une illustration de la crise actuelle à partir d’une opération sur MATIF du 2 au 10 octobre. Nous vivons une crise financière née de la multiplication d’outils financiers de plus en plus sophistiqués, créés au départ comme des outils de couverture, mais malheureusement transformés en produits hyper spéculatifs ( les SUBPRIMES sont la dernière ingéniosité). L’effet de levier de ces produits se retourne aujourd’hui contre l’ensemble des actifs financiers, économiques, totalement globalisés sur la planète. L’encours de l’ensemble des produits dérivés financiers aujourd’hui serait 20 fois plus élevé que le total de la richesse produite chaque année par l’économie mondiale. Aujourd’hui, la bulle éclate. Pour mieux comprendre l’effet de levier de ces outils, prenons l’exemple d’un « investissement » en cours sur un contrat de CAC 40 où 1 euro va vous permettre d’être vendeur sur 256 euros !!! Un « futures » CAC 40 permet d’acheter (pour jouer la hausse) ou de vendre (pour jouer la baisse) une quotité de l’indice (3200 le 10/10/2008) sachant que chaque point d’indice est affecté d’une valeur de 10€ .La valeur du contrat est donc le 10 octobre de 32 000€ Le Jeudi 2 Octobre, avec 2 250€ de déposit (couverture, caution, …), vous vendez un contrat à terme (FUTURES) sur le CAC 40, coté 4100 points. 8 jours après (le 10 octobre), grâce aux profits journaliers successifs, du fait de la baisse du CAC 40, (coté 3200) vous êtes positionnés sur 576 000€ de valeurs françaises qui ont été REELLEMENT vendues en bourse « GRACE » à vos 2 250€ de départ qui ont été transformés à la suite des profits quotidiens par 18 contrats à la baisse.

EFFET DE LEVIER : 576 000 : 2 250 = 256 !!!

RECAPITULATIF

- Jeudi 2 Octobre : vente d’un contrat Futures CAC 40 à 4 100,

- Vendredi : CAC 40 : 3 870

4100 – 3870 = 230 points x 10 euros = 2 300€

2 300 de gains réinvestis dans un 2ème contrat à la baisse

- Lundi : CAC à 3 750

3 870 – 3 750 = 120 x 2 x 10 = 2 400€

On vend un 3ème contrat

- Mardi 7 : le CAC à 3 680

3 750 – 3 680 = 70 x 3 x 10 = 2 100

Vente d’un 4ème contrat

- Mercredi : le CAC à 3 500

3 680 – 3 500 = 180 x 4 x10 = 7 200

Vente de 3 nouveaux contrats

- Jeudi 9 : CAC 40 à 3 400

3 500 – 3 400 = 100 x 7 x 10 = 7 000

Vente de 3 nouveaux contrats

- Vendredi 10 : CAC à 3 200

3 400 – 3 200 = 200 x 10 x 10 = 20 000€

Vente de 8 nouveaux contrats avec les 20 000 derniers euros de gains latents et 10 jours après votre investissement de 2 250€, vous voici positionnés sur 18 contrats de CAC 40 à 3 200 points, soit 18 x 3 200 x 10 = 576 000€. Le lundi 13 octobre si l’opération est débouclée (on rachète la position vendeur) et l’investisseur aura gagné approximativement 18 x 2250 = 40500€ (puisqu’il a systématiquement réinvesti ses gains ). En revanche s’il conserve ses positions à la baisse et que par exemple le marché remonte dès l’ouverture de 10%, il perd 10% de 576 000€ soit 57 600€ moins les 40 500€ de déposit = 17 100€ Avec un tel exemple on comprend peut être mieux comment les hausses entrainent les hausses (des bulles financières) ou, à contrario, les baisses entrainent les baisses, comme actuellement (la descente aux abîmes). La « Finance » bien utilisée contribue environ à hauteur de 8% du P.I.B ; elle peut en revanche, lorsqu’elle échappe à toute régulation, contribuer à précipiter une crise financière en crise économique : perte de confiance, restrictions des crédits bancaires, faillites d’entreprises, chômage, déficits publics, récession ….

NYSE EURONEXT : entreprise de marché, elle-même cotée, organisatrice des marchés :

Il y a encore 20 ans, l’organisation des marchés était confiée à des officiers ministériels : les agents de change. Ils ont été remplacés par des sociétés de bourse à vocation commerciale, elles-mêmes supplantées par une plate-forme boursière mondiale qui s’appelle aujourd’hui NYSE EURONEXT, qui rayonne sur une douzaine de places boursières.

Cette entreprise de marché est chargée d’organiser l’ensemble des cotations, actions, obligations, produits dérivés ; elle admet à la cote les sociétés nouvelles, des titres nouveaux, organise l’information sur les sociétés, vend des logiciels de marché, etc… C’est aujourd’hui une valeur de droit américain qui a vu son titre en bourse perdre 65% de sa valeur depuis le 1er janvier.

Le « Revenu Français » du 17 octobre 2008 la classe parmi les valeurs les plus spéculatives du fait de la composition de son actionnariat. En effet, son premier actionnaire est le fonds spéculatif Attitus Capital, créé en 1995 par Tim Barakett qui a pour habitude de privilégier l’investissement à court terme. Il a déjà sévi dans le démantèlement du groupe André, chez le numéro 2 mondial du cuivre et tout récemment, dans l’organisation de la bourse de Francfort en faisant démissionner son président qui privilégiait la régulation du marché sur la pure spéculation. Les autres actionnaires de cette structure organisatrice sont d’autres fonds d’investissement et les plus grandes banques d’affaires de la planète.

On craint une certaine forme de collusion en faisant rentrer le loup dans la bergerie … nos anciens agents de change doivent se retourner dans leur tombe …

Pourtant, un sondage SOFRES pour le journal « La Croix » du 25 octobre 2008 nous révèle que 61% des français sont favorables à un maintien du capitalisme, mais sous une forme plus réglementée.